Si ça pouvait arriver le lundi...

Retraçons l'itinéraire fatal de ce vendredi 10 mars 2000, le lendemain d'un repas copieux avec un gros client, et en pleine bourre de fin de projet (vous savez, ces périodes où on se tape 14 heures de boulot par jour 7 jours par semaine) ...

Comme neuf, et pour trois fois rien.

L'arme du crime (un peu bosselée mais en bon état de marche gràce aux bons soins du réparateur de vélos de mon coin). Il est bien sûr hors de question que je le réforme pour en acheter un autre. Après tout, je n'ai pas non plus jeté mon épaule.

Le couloir de la mort

Donc ce matin-là, à moitié dans le potage comme d'habitude dans une telle période, je laissais mon vélo descendre la petite rue qui longe la voie ferrée...

zooouuuuuuu....

En général, je n'ai pas besoin d'un seul coup de pédale sur le dernier kilomètre avant d'arriver à la gare...

Le croisement du destin

C'est à mi-chemin que se situe le croisement le plus dangereux. Les véhicules viennent de la gauche, pas de la droite comme on pourrait s'y attendre.

Fige-toi sur place a n'en plus bouger, mortel !

Bon, j'admets que j'aurais du quand même le voir, le gros "ARRETE-TOI !" écrit par terre...

Jeu : un panneau important est cache dans cette image. Sauras-tu le retrouver ?

Mais le pékin moyen, quand il arrive à cette intersection, il n'a pas les yeux par terre ; il est plus préoccupé par le fait de devoir passer de l'autre côté, et ce n'est pas du gâteau. En face, la rue est à moitié occupée par un (superbe) vieux magasin de fruits et légumes, l'autre moitié étant encombrée d'humains piétons en liberté... C'est sans doute pour cela que deux panneaux ont été ajoutés, en plus de l'inscription au sol. Oui, oui  DEUX panneaux. Regardez-mieux la photographie.

Putain, arrete-toi, bordel !

Le premier panneau, artistiquement dissimulé derrière un buisson épais, est éloquent : "Il y a de nombreux accidents [ici], alors ARRETE-TOI ABSOLUMENT !". La présence d'une clinique pour os brisés à quelques mètres de l'endroit n'est peut-être pas fortuite...

Si vous pouvez lire ce panneau, il est trop tard.

Et au cas oû le gars a le nez en l'air (ainsi que des yeux à rayons X pour percer le feuillage), on en repasse une couche, en ROUGE sur un deuxième panneau, placé plus haut. Oui, mais...

Tiens, je le reconnais, il est revenu prendre le lieu de son accident en photo ?

En face, ce monument historique, intégré au soutènement de la voie ferrée, qui occupe une bonne partie de la rue...

C'est petit, mais on ne sent pas les tremblements de terre, vous savez !

Il y a vraiment des gens qui, non seulement travaillent, mais vivent là-dedans !

On rajoute un lampion a chaque fois qu'un cycliste se fait blaster, hi hi hi !

Vu d'en face, le croisement de la mort ressemble à un piège pour cyclistes...

Bon, c'est pas tout ca, mais...

Bah, après tout c'est une expérience de plus, et puis une année pour ressouder les copeaux d'os, c'est supportable. Le matin de cet accident, j'ai perdu environ trois heures... Il a fallu que je trouve l'hôpital rapidement, par chance il y en a un à une centaine de mètres, pour voir ce qui clochait dans mon épaule. Le docteur, qui n'est pas un manchot, m'a fait un bandage de fortune. Ensuite, il y a eu l'arrivée des flics auxquels il a fallu expliquer l'accident, ce qui n'a pas été bien difficile (ils sont habitués, mais le buisson qui masque les panneaux est toujours là). Enfin, j'ai pu partir pour le boulot ; c'est que j'avais un putain de projet à finir...